Illusion des séries

L'illusion des séries est la tendance à percevoir à tort des coincidences dans des données au hasard. Cela est dû à la sous-estimation systématique par l'esprit humain de la variabilité des données.



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Perception - Méthodologie en sciences - Statistiques - Biais cognitif - Critique des croyances

L'illusion des séries (en anglais Clustering illusion) est la tendance à percevoir à tort des coincidences dans des données au hasard. Cela est dû à la sous-estimation systématique par l'esprit humain de la variabilité des données. [1]

Exemples

Thomas Gilovich a constaté que la majorité des gens pensent que la séquence suivante n'est pas aléatoire :

"OXXXOXXXOXXOOOXOOXXOO" [2]

Or, cette séquence a plusieurs caractéristiques d'un échantillon aléatoire :

Dans de telles séquences, l'esprit s'attend à trouver davantage de combinaisons différentes que ne le prévoit l'analyse statistique. La probabilité qu'un caractère tiré soit différent du précédent est bien entendu de 0, 5 tandis que l'esprit humain s'attend à une probabilité plus forte, de l'ordre de 0, 7 [3]

En réalité, sur de petits échantillons, on a la même probabilité de tirer une série qu'une séquence paraissant aléatoire.

De même, il semble anormal à la majorité des gens qu'une pièce tombe quatre fois sur face de suite lors d'une série de lancers. Néanmoins, dans une série de 20 lancers, il y a une chance sur deux d'obtenir quatre face de suite [4]. Ce qui serait rare, inattendu et improbable avec le simple hasard serait de lancer une pièce vingt fois et que le résultat soit à chaque fois l'inverse du précédent. Dans une série de tels lancers, il est plus improbable que probable que des séries de lancers courtes de 2, 4, 6, 8, etc., donneront un résultat que nous savons prévisible logiquement par les lois du hasard. Sur le long terme, des lancers de pièces donneront 50% de face et 50% de pile (en supposant un lancer correct et une pièce correcte). Mais sur un court terme, une large gamme de probabilités peuvent se réaliser, y compris certaines séries qui paraissent hautement improbables.

Explications

Daniel Kahneman et Amos Tversky ont expliqué ce genre de prédiction comme étant causé par la heuristique de la non-représentativité (i. e. la tendance à établir des liens entre des éléments identiques, ou entre un élément et un surensemble auquel il semble appartenir). [5] Gilovich affirme que d'identiques perceptions sont observées dans des séries à deux dimensions, telles que trouver des regroupements des lieux d'impact des V-1 à Londres au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ou à trouver des séries dans les fluctuations des cours de la bourse. [1] [5]

L'illusion des séries a fait l'objet d'une étude de Gilovich, Robert Vallone et Amos Tversky. Ils ont montré que l'idée selon laquelle des joueurs de basket-ball réussissent (ou manquent) des séries de tirs (on dit que le joueur a «la main chaude» ou bien est «en déveine») est erronée. Des analyses ont été réalisées sur les joueurs des 76ers de Philadelphie au cours de la saison 1980-81 et sur les lancers francs des Celtics de Boston sur deux saisons. Elles n'ont pas montré que les joueurs réussissaient des séries de tirs réussis ou de tirs ratés plus que le hasard ne le laisse présager. Lorsque un joueur réussit son premier lancer, il réussit le second 75% du temps. Mais quand il rate le premier lancer, il réussit le second aussi 75% du temps. [6]

C'est l'illusion des séries qui a fait que les services secrets britanniques du MI-5 ont mené une enquête serrée auprès du journal "Daily Telegraph". En effet, dans les jours précédant immédiatement le débarquement du 6 juin 1944, ce journal a sorti des grilles de mots croisés qui reprenaient plusieurs noms de code ultra-confidentiels des diverses opérations du débarquement : "Utah" (le 2/5/1944), "Omaha" (le 22/5/1944), "Mulberry" (le 30/5/1944), "Overlord" (le 2/6/1944), "Neptune" (le 2/6/1944). En réalité, c'était une coïncidence. [7]

L'illusion des séries fait la fortune des sociétés de jeu de hasard. En effet, la majorité des gens refuseraient de jouer une combinaison qui soit une série telle que 1-2-3-4. Ils pensent qu'en jouant une combinaison qui semble aléatoire telle que 05-19-23-37, ils ont bien plus de chance de gagner. Tandis que bien bien entendu, ces deux combinaisons ont la même probabilité de sortir.

De la même façon certaines personnes suivent des statistiques sur la fréquence de sortie des divers nombres dans les tirages passés. Et jouent les nombres "en retard" dans ces fréquences de tirage avec le raisonnement que ces nombres vont bien sortir à terme, vu que l'ensemble des nombres ont la même probabilité de sortir. Le raisonnement est exact, si ce n'est que le terme en question est l'infini. C'est l'illusion du joueur (en anglais Gambler's fallacy).

Si on mélange l'illusion des séries avec le biais de confirmation (i. e. la tendance d'une personne à préférer les éléments qui confirment plutôt que ceux qui infirment une hypothèse), on obtient une recette pour l'aveuglement et l'illusion.

Notes

  1. Gilovich, 1991
  2. Gilovich, 1991 p. 16
  3. Tune, 1964; Kahneman & Tversky, 1972; Gilovich, Vallone & Tversky, 1985
  4. Gilovich, 1991
  5. Kahneman et Tversky, 1972
  6. Gilovich, Vallone et Tversky, 1985
  7. Cornelius Ryan, Le jour le plus long, Robert Laffond, coll. «Ce jour-là», Paris, 2ème trimestre 1960, 275 p.

Références

Voir aussi

Liens externes

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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 07/04/2010.
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